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Conférence donnée pour la première fois à Bruxelles le 19 septembre 2003, dans le cadre du CYCLE DE CONFERENCES “JEAN THIRIART : L’HOMME, LE MILITANT ET L’ŒUVRE”, organisé par l'”Institut d’Etudes Jean Thiriart” et l’ “Ecole des Cadres Jean Thiriart” (Départements de l’Asbl “Association Transnationale des Amis de Jean Thiriart”)

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Après l’idéologie avec FUKUYAMA et l’Histoire comme fondement opérationnel de l’action avec HUNTINGTON, le troisième grand théoricien de l’impérialisme américain au XXIeme siècle est Zbigniew BRZEZINSKI (1) dont le domaine est la géostratégie et la géopolitique et qui publie “The Grand Chessboard” en 1997, titré “Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde” pour son édition française.

La réflexion de BRZEZINSKI est centrée sur les conditions géopolitiques de la puissance américaine et de son contrôle sur l’Eurasie, le “grand échiquier” où Washington doit éliminer tout rival potentiel ou réel.

On ignore souvent que HUNTINGTON n’est pas le créateur du concept des “guerrres civilisationnelles” emprunté à un professeur marocain (1 B). De même, BRZEZINSKI s’inspire largement des Théories de Jean THIRIART.

 

 

JEAN THIRIART : UN GEPOLITICIEN RECONNU EN RUSSIE ET ETOUFFE EN OCCIDENT

En dehors des cercles spécialisés, THIRIART est méconnu en Europe occidentale où l’impasse a été volontairement et systématiquement faite sur ses thèses. Il n’en va pas de même eu Russie où il inspire aussi bien les théories géopolitiques et économiques des nationaux-communistes de ZIOUGANOV que les concepteurs des thèses eurasistes mises à l’honneur par le président POUTINE. Le manuel d’instruction géopolitique pour les officiers russes lui consacre un long chapitre élogieux.

Au début des Années 80, THIRIART fonde l’école “euro-soviétique” où il prône une unification continentale de Vlazdivostok à Reykjavik sur le thème de “l’Empire euro-soviétique” et sur base de critères géopolitiques.

Théoricien de l’Europe unitaire, Thirart a été largement étudié aux Etats-Unis, où des institutions universitaires comme le « Hoover Institute » ou l’ « Ambassador College » (Pasadena) disposent de fonds d’archives le concernant.

Ce sont ses thèses antiaméricaines “retournées” que reprend largement BRZEZINSKI, définissant au bénéfice des USA ce que THIRIART concevait pour l’unité continentale eurasienne.

Le succès médiatique des emprunts de HUNTINGTON ou de BRZEZINSKI comparé au slience pesant qui entoure en Occident des théoriciens comme THIRIART s’explique par le monopole médiatique américain. A l’antique “ex Oriente lux” a visiblement succédé un “Ex America lux”.

 

 

LES THESES GEOPOLITIQUES DE MACKINDER, SPYKMAN ET THIRIART

La géopolitique, science née en Allemagne à la fin du XIXeme siècle, doit beaucoup aux concepts de MACKINDER et de SPYKMAN.

L’amiral britannique H.J. MACKINDER (1861-1947), qui fut professeur de géographie à Oxford puis à la London School of Economics and Political Science, est le fondateur de la géopolitique classique, celle qui oppose la terre et la mer. Il est connu notamment pour être l’auteur de la théorie selon laquelle il existerait au début du XXème siècle un “pivot géographique du monde”, le coeur du monde (heartland) protégé par des obstacles naturels (le croissant intérieur, inner crescent, composé de la Sibérie, du désert de Gobi, du Tibet, de l’Himalaya) et entouré par les océans et les terres littorales (coastlands).

Ce coeur du monde, c’est la Russie, la Russie qui est inaccessible à la puissance maritime qu’est la Grande-Bretagne. C’est pourquoi le coeur du monde doit être encerclé par les alliés terrestres de la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne doit contrôler les mers mais également les terres littorales qui encerclent la Russie, c’est à dire l’Europe de l’Ouest, le Moyen-Orient, l’Asie du sud et de l’est. La Grande-Bretagne elle-même, avec les Etats-Unis et le Japon, constituent le dernier cercle qui entoure le coeur du monde.

Selon MACKINDER ce qu’il faut absolument éviter c’est l’union de la Russie et de l’Allemagne, un concept que THIRIART modernisera en “Empire euro-soviétique”, la constitution de ce que MACKINDER appelle l’île mondiale (world island), un puissant Etat ayant d’immenses ressources et de vastes étendues terrestres, ce qui permettrait à la fois d’avoir de grandes capacités territoriales de défense et de construire une flotte qui mettrait en péril l’Empire britannique.

Dès la fin du XIXeme siècle, l’école géopolitique américaine, dont les têtes de file sont MAHAN et SPYKMAN, entendra substituer les Etats-Unis à la Grande-Bretagne en tant que puissance maritime hégémonique.

Disciple critique de MAHAN, Nicholas J. SPYKMAN est son continuateur en même temps que le continuateur partiel et dissident de MACKINDER. Comme le britannique MACKINDER, N.J. SPYKMAN pense que le monde a un pivot. Mais ce pivot du monde n’est pas le heartland de MACKINDER, la Russie. Le pivot du monde est composé des terres littorales (les coastlands de MACKINDER) qu’il appelle le bord des terres, l’anneau des terres (rimland), ces terres constituant un anneau tampon entre le coeur, qui est soit la Russie soit l’Allemagne, et la puissance maritime britannique. Ces Etats tampons furent, par exemple, la Perse et l’Afghanistan utilisés par l’Angleterre contre la Russie entre le XIXème et le XXème siècle, comme la France fut utilisée contre l’Allemagne entre la deuxième moitié du XIXème siècle et la deuxième guerre mondiale.

Après la victoire sur l’Allemagne – SPYKMAN écrit avant 1943 – il faut donc contrôler ces Etats tampons qui constituent le rimland, le pivot, si l’on veut contrôler le coeur du monde. Cette nécessité conduira à la mise en place d’une politique d’endiguement (containment) de la Russie soviétique, l’Europe de l’Ouest et la Turquie servant d’Etats tampons pour les Etats-Unis.

 

 

THIRIART : LA GEOPOLITIQUE DE L’EMPIRE EUROPEEN

Fondateur de l'”Ecole euro-soviétique” au début des Années 80, Jean THIRIART développe le thème de la dimension vitale des Etats nécessaire pour garantir leur indépendance et qui requiert à l’époque moderne la taille des états continentaux.

Théoricien de l’Etat unitaire paneuropéen, THIRIART étudie les causes de l’échec de l’Union Soviétique, qu’il pressent dès 1980 et dont il stigmatise le fédéralisme. Face à la superpuissance américaine, il plaide pour la fusion de la Russie (sur ses frontières sibériennes en Orient) avec l’Europe occidentale dans le cadre d’un Empire unitaire allant de Reykjavik à Vladivostok et du Groenland au Sahara.

Géopoliticien de l’Empire européen, Jean THIRIART axe ses réflexions sur l’intégration de la Russie et de l’Europe occidentale dans un Etat continental eurasien unitaire.

1.  THIRIART insiste sur le fait capital que tous les états issus de l’implosion de l’URSS, sans aucune exception, doivent faire partie de l’Europe. Les frontières orientales, caucasiennes et sibériennes, de l’URSS devront demain être celles de la Grande-Europe.

2.  THIRIART développe sa thèse sur la construction de l’Europe contre les Etat-Unis et son bras armé de l’OTAN. L’Europe unitaire se fera dans le cadre d’une guerre de libération nationale contre l’occupant américain et ses collaborateurs “européens”.

3.  THIRIART insiste sur la nécessité de l’organisation économique de l’Europe sur une base autarcique, reprenant les théories de Friedrich LIST.

4.  THIRIART dénonce les vues limitées des politiciens européens, qui à la suite du général de Gaulle, envisagent une Europe tronquée jusqu’à l’Oural. L’Empire européen devra inclure la Sibérie et l’extrême-orient ex-soviétique.

5.  THIRIART s’en prend aux conceptions de l’Europe basées sur la religion ou des théories pseudo-racistes. Ce sont les impératifs de la Géopolitique et de la Géoéconomie qui déterminent les dimensions de la Grande-Europe et par là les populations qu’elle unifiera dans un Etat unitaire. Pour lui, par exemple, la Turquie c’est aussi l’Europe. Il insiste à ce sujet sur l’exogamie au sein de peuple européen.

6.  THIRIART qui conçoit l’Empire européen comme une nouvelle Rome, la Quatrième Rome qui fait écho au concept messianique russe de la “Troisième Rome” (Moscou après Rome et Bysanze), expose la nécessité de faire de la Méditerranée un Lac européen, une nouvelle “Mare nostrum”. Dans sa conception géopolitique de l’Europe unifiée, les deux rives de la Méditerranée, avec leurs populations, font partie de l’Europe, dont les frontières sud sont sur le Sahara.

 

 
LES FONDEMENTS GEOPOLITIQUES DE LA PUISSANCE AMERICAINE

BRZEZINSKI s’inspire directement des théories de THIRIART pour définir les conditions de la puissance américaine au XXIeme siècle, la maintenir dans son rôle hégémonique de garants du “Nouvel Ordre Mondial” et péréniser la sujetion de l’Europe occidentale.

Pour maintenir leur leadership, qui n’est rien d’autre que la domination mondiale annoncée par BURNHAM dès 1943, les USA doivent avant tout maîtriser le “grand échiquier” que représente l’Eurasie, où se joue l’avenir du monde.

Cette maîtrise repose sur la sujetion de l’Europe occidentale, étroitement liée aux USA dans un ensemble politico-économique occidental, la communauté atlantique cadenassée par l’OTAN. THIRIART parlait de l’OTAN non comme d’un bouclier mais d’un harnais pour l’Europe.

Elle repose aussi sur l’isolement de la Russie qu’il faut affaiblir irrémédiablement et démembrer.

Le danger mortel pour les USA, puissance extra-européenne à l’origine de par sa situation même, serait d’être expulsée d’Europe occidentale, sa tête de pont en Europe. Dans cet objectif, tout rapprochement de l’Europe et de la Russie, toute union eurasienne, sans même parler de fusion comme l’évoquait THIRIART, doit être empêchée par tous les moyens.

Zbigniew BRZEZINSKI écrit : “L’Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale de l’Amérique. Pour l’Amérique, les enjeux géostratégiques sur le continent eurasien sont énormes. Plus précieuse encore que la relation avec l’archipel japonais, l’Alliance atlantique lui permet d’exercer une influence politique et d’avoir un poids militaire directement sur le continent. Au point où nous en sommes des relations américano-européennes, les nations européennes alliées dépendent des Etats-Unis pour leur sécurité. Si l’Europe s’élargissait, cela accroîtrait automatiquement l’influence directe des Etats-Unis. A l’inverse, si les liens transatlantiques se distendaient, c’en serait finit de la primauté de l’Amérique en Eurasie.”

 

 

DIVISER POUR REGNER : LA”KLEINSTAATEREI”

Nous avons déjà évoqué le rôle de Henry KISSINGER comme “Richelieu américain”. Ce n’est nullement une figure de réthorique. Le Cardinal de Richelieu est le premier ministre de la France au moment où la Guerre de trente ans ravage la Mittel Europa. Son but est d’assurer à la France des Bourbons la domination en Europe en neutralisant l’Allemagne et l’Empire des Habsbourg, tant en Espagne qu’en Allemagne. Menant une politique cynique et opportuniste, Richelieu transforme une guerre de religion entre protestants et catholique en un grand embrasement dont la France sort victorieuse lors du Traité de Westphalie (1648). Sous prétexte de préserver les “libertés germaniques”, la France impose le démembrement du Reich germanique en plusieurs centaines de micro-états inviables. La France, état unitaire, a ainsi assuré sa prédominance en Europe jusqu’au début du XIXeme siècle. L’historien allemand Frédéric GRIMM évoque à ce propos dans son livre “Le testament de Richelieu” de concept de “kleinstaaterei”.

La leçon n’a pas été perdue pour les Etats-Unis. Aujourd’hui, sous prétexte de préserver les droits des peuples – les nouvelles “libertés européennes” -, Washington impose la “kleinstaaterei” en Europe, dans les Balkans, le Caucase et en Russie même.

Depuis 1943, les Etats-Unis théorisent et favorisent le démembrement et la fragmentation des grand états. En 1945, MORGENTHAU, conseiller de Roosevelt, prône le morcellement de l’Allemagne et sa désindustrialisation. La partition de fait en résulte. On ignore souvent que STALINE était opposé à la division de l’Allemagne et proposa jusqu’en 1948 une Allemagne unifiée et neutre.

Ici la géopolitique se rapproche du courant “réaliste” des relations internationales, dont un des fondateurs les plus célèbres est Hans J. MORGENTHAU, dont elle partage nombre de postulats

Depuis 1989, les Etats-Unis multiplient leur soutien à l’éclatement des Etats dans les Balkans et en Europe orientale. L’éclatement de l’Union soviétique et de la seconde Yougoslavie en résulte directement. Une nouvelle étape voit aujourd’hui le démembrement de la troisième Yougoslavie née en 1991. Et BRZEZINSKI vise enfin au démembrement non seulement de la Fédération de Russie mais aussi de la Russie historique elle-même en trois entités.

Et c’est là qu’intervient un théoricien comme HUNTINGTON, dont le rôle est de fournir des justifications historiques à cette politique (2) . Comparer la vision géopolitique de l’Europe de BRZEZINSKI à la théorie des aires de civilisation de HUNTINGTON est à ce sujet éclairant.

Il convient ici de dresser un autre parallèlle : celui des théses de la géopolitique nazie – dont le principal théoricien fut Alfred Rosenberg, l’auteur du “MYTHE DU XXe SIECLE” – avec les projets des Etats-Unis en Europe. Le même plan est appliqué que ce soit dans les Balkans ou contre la Russie. Et les alliés privilégiés actuels de Washington étaient ceux du IIIeme Reich entre 1935 et 1944.

 

 

DOCTRINES DE L’IMPERIALISME AMERICAIN 

En 1991 commence une nouvelle ère pour les relations internationales.

La situation mondiale est en effet totalement changée. L’URSS, le principal challenger de Washington, qui fut aussi, il faut le dire, longtemps son meilleur complice, a disparu, vaincue par la compétition économique et la course aux armements qu’elle s’était laissée imposées par Washington.

En l’espace de quelques mois, la puissance américaine est devenue l’unique superpuissance mondiale et tente partout d’imposer son “Nouvel Ordre Mondial” (NOM) avec son cortège de guerres et d’inégalités.

Les théoriciens de l’impérialisme américain défendent à ce sujet la thèse du hasard. Les Etats-Unis se seraient trouvés dans leur position centrale et omnipotente par l’effet d’une série de conjonctions heureuses. Mais en rien la politique planétaire des USA ne serait responsable de cette situation d’hégémonie, résultant d’une divine surprise.

Cette thèse est totalement fausse et contredite par toute étude historique sérieuse.

L’impérialisme américain est planifié, pensé, théorisé depuis plus d’un siècle. Et la victoire incontestable de 1991 est l’aboutissement d’une politique impérialiste conçue dès la fin du XIXeme siècle.

Le premier grand théoricien de cette vision impérialiste qui vise à la domination mondiale est l’amiral Alfred T. MAHAN, dont le livre principal “THE INFLUENCE OF SEA POWER UPON HISTORY” est publié à Boston en 1890.

Alfred T. MAHAN (1840-1914) a construit une géopolitique destinée à justifier l’expansionnisme mondial des Etats-Unis à une époque où le monde est encore dominé par la Grande-Bretagne, un expansionnisme qui doit se fonder sur la puissance maritime (“sea power”). MAHAN est convaincu que les Etats-Unis, puissance industrielle contrôlant les amériques, peuvent, en imitant la stratégie maritime qui fut celle de l’Angleterre à partir du XVIème siècle, obtenir la domination mondiale gràce à la maîtrise des mers. Il leur faut pour cela non seulement des bases, des ports, mais surtout des bâtiments, des navires, qui soient en permanence capables d’intervenir partout dans le monde, et donc constamment opérationnels. Donc, en 1897, MAHAN préconise la politique stratégique suivante : il faut s’allier à la Grande-Bretagne pour contrôler les mers, il faut maintenir l’Allemagne sur le continent européen et s’opposer à son développement maritime et colonial, il faut associer les américains et les européens pour combattre les ambitions des asiatiques et en particulier surveiller de près le développement du Japon.

Tous les grands thèmes de la politique américaine du Siècle naissant sont déjà présents : stratégie planétaire, intervention en Europe, isolement de la puissance continentale (alors l’Allemagne).

MAHAN donne un corps idéologique à la vision américaine d’une mission prédestinée des USA dans le monde : la “manifest destiny”.

Son oeuvre est continuée par Nicholas J. SPYKMAN (1893-1943), qui développe la notion de “containment”, consistant à organiser un système d’états-tampons destiné à briser la puissance russe. Après la victoire sur l’Allemagne il faut donc contrôler ces Etats tampons qui constituent le rimland, le pivot (une notion de géopolitique), si l’on veut contrôler le coeur du monde.

Cette nécessité conduira à la mise en place d’une politique d’endiguement (containment) de par la constitution de l’Alliance atlantique dominée par les Etats-Unis, face au Pacte de Varsovie, dominé par la Russie soviétique. Notez que tout celà est pensé en 1941 et 42 – SPYKMAN meurt en 1943 – c’est-à-dire au moment même ou l’URSS fait face aux armées nazies.

Le discipline de SPYKMAN est Georges F. KENNAN, le principal théoricien américain de la guerre froide, auteur de “THE SOURCES OF SOVIET CONDUCT”.

Le plus brutal théoricien de l’impérialisme américain est James BURNHAM. Moins connu en dehors des spécialistes des sciences politiques (c’est le père des néo-machiavéliens américains), c’est un ancien trotskyste reconverti dans le néoconservatisme. Il fonde notamment la “NATIONAL REVIEW”.

En 1945, il publie un livre fondamental mais passé inaperçu en Europe dont le titre anglais est “THE STRUGGLE FOR THE WORLD”. Le titre de l’édition française (1947) est lui plus explicite encore : c’est “POUR LA DOMINATION MONDIALE”. BURNHAM y donne les conditions de la puissance destinée à assurer la domination planétaire des Etats-Unis.

 

 

DE NOUVELLES THEORIES IMPERIALISTES AMERICAINES APRES 1991

La victoire américaine de 1991, qui est largement surestimée dans les cercles conservateurs qui entourent le président Bush, va donner lieu à une nouvelle théorisation de l’impérialisme yanquee. Les proches conseillers de Bush en donnent immédiatement une nouvelle définition : c’est le “Nouvel Ordre Mondial” au nom duquel les USA reçoivent la mission de “pacifier” le monde et d’y imposer les pseudo-valeurs du “libre commerce“.

Les principaux théoriciens de l’impérialisme américain à l’aube du XXIeme siècle sont Francis FUKUJAMA, Samuel P. HUNTINGTON et Zbigniew BRZEZINSKI.

Leur théories, médiatisées par leurs livres et leurs articles dans les grandes revues américaines de politique internationale, prennent place dans un ensemble de recherches et d’activités liées directement au Pentagone et au State Departement.

En apparence, elles présentent des contradictions entre elles mais celles-ci ne sont qu’apparentes. Elles sont en effet plus liées qu’il n’y parait car elles représentent différents niveaux de la même pensée, notamment quand à leur projection dans le temps.

FUKUJAMA est le théoricien de la “fin de l’histoire” où il prophétise que le “dernier homme” sera celui de la vision idéologique américaine. On présente souvent les thèses de FUKUJAMA comme une vision trop optimiste liée à la victoire de 1991 et donc dépassée. C’est ignorer les travaux ultérieurs de cet auteur. FUKUJAMA représente au contraire la vision à long terme de l’impérialisme yanquee. Celle de ses buts ultimes (3).

HUNTINGTON (3 B) théorise les justifications idéologiques de l’affrontement de Washington avec le reste du monde. C’est une oeuvre à moyenne vision – les trois ou quatre prochaines décennies – destinée bien plus aux alliés supposés de Washington qu’au public américain. Ses théories sur “le choc des civilisations” visent à dissimuler les pratiques cyniques de la politique internationale américaine et à fournir une justification à une nouvelle politique de “containment”, qui vise surtout la Russie et la Chine mais aussi l’Europe en voie d’unification, et à péréniser celle-ci (4).

Disciple de Henry KISSINGER, souvent qualifié de “Richelieu américain” pour sa politique cynique et réaliste, BRZEZINSKI donne lui les conditions de la puissance américaine, destinées à assurer une domination planétaire durable. C’est la théorisation géopolitique de l’impérialisme américain.

Dans ces théories on trouve un curieux mélange de cynisme, de brutalité et de faux moralisme. C’est la traduction au XXIeme siècle de la “manifest destiny”. Les USA ont une mission à accomplir. Ce qui est bon pour eux est bon pour le monde. Et le “libre commerce” assurera la paix mondiale. Chez BRZEZINSKI celà frise parfois la caricature, les plus brutales théories géopolitiques voisinant avec des réflexions idéalisantes sur la paix et le bonheur des peuples.

 

 

ROME OU CARTHAGE?

On parle souvent d’“Empire américain”. A tord ! Parce que l’idée impériale n’a pas grand chose à voir avec l’impérialisme mercantile et exploiteur de Washington, à propos duquel le terme de néo-colonialisme est plus approprié.

La géopolitique distingue clairement et oppose puissance maritime et puissance terrestre. L’exemple le plus accompli en furent les guerres puniques qui opposèrent la Rome terrestre à Carthage, puisance des mers. Aujourd’hui, les Etats-Unis, puissance maritime, sont une nouvelle Carthage accomplie : même consumérisme, mêmes valeurs marchandes, même horizon limité, même exploitation des colonies, même oligarchie ploutocratique aux commandes.

La puissance continentale est encore à venir. C’est contre elle qu’agissent les théoriciens de l’impérialisme américain. Et ce sont les conditions de son accomplissement que THIRIART s’attachait à définir.

Le choc de Rome contre Carthage est aussi celui de deux idéologies, de deux Weltanschauung. Hier comme aujourd’hui.

Le but ultime de THIRIART, le telos du Communautarismpe européen, se situe au niveau de cet enjeu historique fondamental.

Du côté des Etats-Unis et des atlantistes existe une large école ploutocratique pour qui l’Europe doit être un des moyens du renforcement du capitalisme et de la Mecque de celui-ci qui se situe aux Etats-Unis. Ce sont les fameuses théories du « second pilier », qui voient notamment dans une organisation européenne de défense un pilier européen rénové de l’OTAN. Il existe une autre école, celle de Jean THIRIART ou des Eurasistes russes, pour laquelle l’Eurasie se fera inexorablement contre les Etats-Unis, pour qui il est impératif qu’elle se fasse contre Washington. Si THIRIART veut détruire politiquement les Etats-Unis, c’est parce qu’il leur oppose une vision du monde qui se situe aux antipodes de l’économisme consumériste prôné par Washington. L’Empire européen est pour lui avant tout une esthétique de l’homme, une solution et une alternative à proposer à toute l’Humanité.

 

 

QUELLE REPONSE POUR LES PEUPLES?

Depuis plus d’un siècle, Washington se heurte à la cause des peuples qui ne veulent pas d’une destinée manifeste imposée contre leur culture et leur liberté. Face à l’anti-civilisation des “chiens heureux” annoncée cyniquement par FUKUJAMA (5), et qui pointe à l’horizon lointain de l’impérialisme yanquee, la réponse des peuples est une nécessité brûlante.

Parce que les Etats-unis règnent en divisant, elle implique l’unité et la solidarité des peuples.

Cette problématique de l’unité des peuples face à l’impérialisme n’est pas nouvelle. En 1967, à La Havane, Castro lançait en compagnie de la Chine de Mao zedong et contre l’avis de Moscou la “TRICONTINENTALE”. Cette fameuse “TRICONTINENTALE” dont on rêvait à Hanoi où à la Havane vers 1967, a échoué. Elle n’a pas eu et n’aura jamais la force de venir à bout de la puissance américaine, même si hier la victoire du peuple vietnamien a permis de contester celle-ci.

Dès 1967, THIRIART proposait l’alternative : le « Front Quadricontinental ».

Aujourd’hui plus que jamais, il faut une alliance quadricontinentale contre l’impérialisme. La seule Europe occidentale détient aujourd’hui, comme en 1967, des moyens de puissances cinquante fois supérieurs à la “TRICONTINENTALE” (Asie/Afrique/Amérique latine). L’erreur commise hier à Cuba, à Alger, ou à Hanoi, a été de n’avoir voulu introduire la révolution que dans le pays pauvres, de ne pas avoir vu qu’il fallait introduire l’action révolutionnaire dans la colonie la plus riche des Etats-Unis, l’Europe. Le dogmatisme qui inspirait hier les capitales anti-américaines au nom d’une solution idéale les a conduit à l’immobilisme.

L’analyse de THIRIART est incontournable : La puissance industrielle américaine, renforcée de la puissance industrielle européenne, fait de celle-ci une super-puissance mondiale. C’est cette alliance des deux industries mondiales les plus avancées qui a contraint à la capitulation complète, économique et militaire, une URSS débile et asphyxiée. L’URSS est aujourd’hui disparue, le mythe communiste est usé, l’URSS a été battue à plat de couture sur le terrain de l’économie pure par le néo-capitalisme américain renforcé de sa colonie européenne.

La victoire finale contre les USA ne pourra être remportée qu’en Europe. Le rôle de l’Europe dans la lutte contre les Etats-Unis est le rôle primordial, le rôle capital. Pour déséquilibrer le colosse américain, il faut lui faire perdre son terrain d’action européen.

Au nom de la géopolitique, de la géostratégie et de la géoéconomie, indissolublement liées, BRZENZINSKI ne nous dit pas autre chose. Le sort de la superpuissance yanquue se joue ici en europe. Et l’unité entre l’Europe et la russie est le péril qui lui donne le plus d’angoisses.

Au nom de l’histoire et d’une vision occidentale de la civilisation et de la culture, HUNTINGTON décrit les “guerres de civilisations”. D’autres, dans cette ligne,  parlent de « Djihad versus Mc World ».

Et si le choc des civilisations était celui qu’il n’attend pas – ou plutôt ne veut pas attendre – celui de l’Humanisme européen – qui implique le respect de toutes les cultures – et de l’anti-civilisation yanquee, le Mc World

 

 

A L’HORIZON DU XXIe SIECLE : L’ANTICIVILISATION DES “CHIENS HEUREUX” OU L'”ETAT UNIVERSEL”

HUNTINGTON confond la langue avec la culture, les institutions imposées en Europe depuis 1918 par la force des armes et encore plus celle du dollar avec le choix des peuples, le conformisme social et le consumérisme imposé médiatiquement avec la civilisation.

Depuis quatre siècle, les Etats-Unis sont une anti-Europe, une machine à récupérer les idées de l’Europe et les retourner comme armes contre elle.

Comme HUNTINGTON, comme BRZENZINSKI, James BURNHAM dans son livre sur “la domination mondiale” a récupéré une idée née en Europe.

En 1932, Ernst JUNGER publiait son essai retentissant et souvent mal compris sur “LE TRAVAILLEUR”DER ARBEITER -, où il prophétisait l’affrontement final de gigantesques Etats impériaux pour la domination mondiale et le triomphe de visions du monde antithétiques. Une vision précisée par Junger dans “L’ETAT UNIVERSEL” publié en 1946.

Les théses de Jean THIRIART sur l’“Etat géo-idéologique”, stade avancé de l’Etat continental géopolitique mettant en oeuvre sa vision du monde, et publiées dès 1965, s’inscrivent dans la perspective ouverte par JUNGER.

FUKUJAMA avec son horizon planétaire uniformisé de “chiens heureux” aussi. Hélas!

Le choix sera bien celui là. Où le chauchemard américain imposant aux masses abruties l’illusion du bonheur consumériste. Où l’Humanisme européen, né en Grèce il y a 2.500 ans, et offrant aux peuples un destin. Le choc bien réel de l’anti-civilisation yanquee – le Mc World – et des cultures.

Les théoriciens de l’impérialisme américain dans leur arrogance nous avertissent des enjeux qui se jouent. L’avenir n’est heureusement jamais écrit dans les livres mais dans le combat des peuples. On semble l’ignorer à Washington ou à Wall-street. Jean THIRIART nous le rappellait inlassablement. Puissions-nous ne jamais l’oublier!
 
 
 

Luc MICHEL (Septembre 2003)

(Article publié initialement sur le site de l’ASSOCIATION TRANSNATIONALE DES AMIS DE JEAN THIRIART – http://www.pcn-ncp.com/Institut-Jean-Thiriart/cf/cf01.htm – / Copyright Luc MICHEL, tous droits réservés de reproduction et de traduction – Reproduction libre avec l’accord préalable de l’auteur : info@pcn-ncp.com)

 
 
 

NOTES 

(1) Disciple de Henry KISSINGER et adepte de la “real politique” comme lui, BRZEZINSKI, d’origine polonaise, est expert au Center for Strategic and International Studies (Washington DC) et professeur à l’Université Johns Hopkins de Baltimore. Il fut conseiller du président des Etats-Unis de 1977 à 1981.

(1 B) Il faut noter que HUNTINGTON n’est nullement l’inventeur de sa thèse. En effet, le professeur marocain (Université Mohamed V de Rabat) Mahdi Elmandjra revendique l’antériorité de la prophétie exposée à propos de la guerre du Golfe dans son ouvrage “PREMIERE GUERRE CIVILISATIONNELLE” (Casablanca, 1992). Il emprunte aussi les thèses de l’historien français BRAUDEL sur la pérénité des civilisations sur les Etats et les Nations.

(2) Le point de vue de HUNTINGTON est radicalement contesté, notamment par les Français Chauprade et Thual, dans leur “DICTIONNAIRE DE GEOPOLITIQUE” (1998) pour lesquels “en globalisant les aires religieuses, on en vient à ignorer les fractures internes inhérentes à ces espaces civilisationnels”. Ils ajoutent que “L’unité de l’Islam tient plus de la fiction que de la réalité” et accusent HUNTINGTON de faire du “simplisme et du manichéisme”. “La centralité des mécanismes géopolitiques repose en première instance sur les continuités des Etats”, concluent-ils.

Cette critique a un défaut : celui de ne pas rechercher le but des thèses de HUNTINGTON et leur rôle dans la diffusion et le défense de l’impérialisme américain. Car HUNTINGTON vise un but opérationnel direct : théoriser et justifier la confrontation entre les Etats-Unis et le reste du monde.

Certaines réactions ne laissent aucun doute. Kissinger voit dans “LE CHOC DES CIVILISATIONS” “le livre le plus important depuis la fin de la guerre froide” et BRZEZINSKI “un tour de force intellectuel : une oeuvre fondatrice qui va révolutionner notre vision des affaires internationales”. Huntignton a en effet à leur yeux le mérite de proposer une vision des civilisations qui recoupe étroitement les conceptions géopolitiques des deux penseurs américains.

Sa vision de l’Occident qui unit étroitement et indissolublement Etats-Unis et Europe occidentale pérénise la main-mise américaine sur notre continent.

Sa thèse sur la civilisation orthodoxe, radicalement séparée de l’héritage gréco-romain commun partagé avec l’Europe occidentale et centrale, empêche toute union eurasienne de l’Atlantique à Vladivostok et combat les thèses sur la “Troisième Rome” et la mission de la Russie, antithétique de la “manifest destiny” américaine. Elle confine la Russie au mieux à un rôle de puissance régionale et au pire, un pire souhaité et théorisé à Washington, au démembrement. Ce n’est nullement un hasard si BRZEZINSKI a fait paraître dans la revue de HUNTINGTON en 1999 un article proposant le démembrement de la Russie en trois états (Russie occidentale, Caucase et Sibérie). Un article qui répond directement aux thèses eurasiennes adoptées par le président POUTINE et qui fit scandale en Russie, où l’on souligna que ce projet était déjà celui de HITLER et de ROSENBERG, le théoricien nazi du racisme et de l’expansion à l’Est du Germanisme.

Enfin, l’opposition proclamée entre Occident et islamo-confucéens empêche tout rapprochement euro-arabe et toute union méditerranéenne. HUNTINGTON oublie là fort à propos l’utilisation par Washington d’un certain islamisme radical contre l’Europe (Bosnie, Albanie), la Russie (Afghanistan, Tchétchénie, etc.) et les pays arabes opposés à sa politique, comme la Libye ou l’Irak.

(3) Francis FUKUJAMA publie en 1992 “LA FIN DE L’HISTOIRE ET LE DERNIER HOMME”, où il développe la fameuse thèse qu’il avait émise en 1989 dans la revue «THE NATIONAL INTEREST».

Qu’entend FUKUJAMA par «fin de l’histoire» ? A la suite des philosophes HEGEL et KOJEVE, il considère que l’histoire résulte des antagonismes entre les différentes idéologies et formes d’organisations sociales, qui luttent chacune pour la reconnaissance. Or, avec la chute du Mur, l’effondrement du communisme et la victoire de la démocratie libérale, l’histoire, prise dans ce sens, s’abolit. Preuve est faite que le destin de l’humanité, c’est la démocratie libérale moderne, idéologie politique de l’impérialisme américain, qui, à défaut d’être parfaite, offre selon FUKUJAMA le meilleur des mondes possibles.

En 1997, avec “LA CONFIANCE ET LA PUISSANCE”, Francis FUKUJAMA précise sa pensée et souligne que la majorité des nations s’oriente politiquement vers la démocratie et économiquement vers l’économie de marché. Dans ce nouveau livre, il développe une justification idéologique de la supériorité du modèle social américain et entreprend de démontrer qu’une corrélation existe entre «vertus sociales et prospérité économique», celles-là engendrant celle-ci. L’Etat-providence ayant dû battre en retraite. Il y prétend qu’il y a des pays plus aptes que d’autres au développement. Il oppose les sociétés familiales, comme la France, l’Italie ou la Chine, à faible degré de confiance généralisée, ce qui implique une forte intervention de l’Etat, et les sociétés de confiance, automatiquement plus prospères, comme le Japon, l’Allemagne et les Etats-Unis.

Mais FUKUJAMA est surtout l’idéologue du projet de société américain à long terme, qu’il prétend être l’avenir ultime de l’humanité. C’est tout simplement l’accomplissement ultime de la “manifest destiny”. Et c’est surtout une vision de cauchemar d’une société où le Politique et l’homme en tant qu’acteur de l’Histoire ont disparu, où le destin des hommes et des peuples est remplacé par un monde unifié, gris et sale, où le consumérisme accompli tient lieu d’ultime horizon. Alors triomphera le dernier Homme, plus soucieux d’assurer son bien-être que d’affirmer sa valeur par des oeuvres géniales ou par des guerres.

(3 B) Professeur à l’Université d’Harvard, HUNTINGTON dirige le “John M. Olin Institue for Strategic Studies” et a été expert auprès du Conseil National Américain de Sécurité sous l’administration Carter. Il est aussi le fondateur et l’un des directeurs de la revue “Foreign Policy”, où ont été exposées initialement ses thèses sur le choc des civilisations.

(4) Samuel P. HUNTINGTONest est venu corriger FUKUJAMA, le compléter. La fin de l’Histoire n’étant pas immédiate et les peuples étant résistants au “Nouvel Ordre Mondial” et à son horizon avilissant de “chiens heureux”, il fallait théoriser les affrontements persistants et persuader les alliés plus ou moins forcés de Washington du bien fondé de la domination planétaire du système américain.

Il publie en 1996 “THE CLASH OF CIVILIZATIONS AND THE REMAKING OF WORLD ORDER”.

Selon HUNTINGTON : “L’histoire des hommes, c’est l’histoire des civilisations, depuis les anciennes civilisations sumériennes et égyptiennes jusqu’aux civilisations chrétiennes et musulmane, en passant par les différentes formes des civilisations chinoises et hindoue”. On distingue généralement, nous dit HUNTINGTON, la “civilisation”, un concept français du XVIIIème siècle qui s’oppose au concept de “barbarie”, des “civilisations”, un concept anthropologique qui s’applique à “l’entité culturelle la plus large que l’on puisse envisager”. “Les empires naissent, nous dit-il, et meurent, alors que les civilisations “survivent aux aléas politiques, sociaux, économiques et même idéologiques” (Braudel), pour en définitive succomber à l’invasion de tiers”.

HUNTINGTON nous dit que pendant trois mille ans les civilisations séparées par le temps et par l’espace se sont ignorées. Puis la civilisation occidentale domina le monde jusqu’au XXème siècle. Mais l’influence de l’Occident ne cesse de se réduire : “la puissance économique se déplace vers l’Extrême-Orient, dont l’influence politique et la puissance militaire vont croissant. L’Inde est en passe de décoller. L’hostilité du monde musulman va croissant envers l’occident dont les sociétés non occidentales n’acceptent plus comme jadis les diktats et les sermons”. “Peu à peu l’Occident perd sa confiance en soi et sa volonté de dominer”. L”Occident restera le numéro un mondial pendant le XXIème siècle, mais inéluctablement “l’occident continuera à décliner” et “sa prépondérance finira par disparaître”.

Donc conclut HUNTINGTON, “l’affrontement est programmé” au travers de “guerres civilisationnelles” entre la civilisation Occidentale et les autres civilisations du Monde. Parmi les adversaires principaux de l’Occident américain, les civilisations orthodoxe, islamiste et confucéenne (Chine et Asie).

5) Dans une interview retentissante au quotidien “LE MONDE” (Paris) du 17 juin 1999, FUKUJAMA précise sa vision du “dernier homme”, qui est incontestablement “la fin de l’histoire” : “Le caractère ouvert des sciences de la nature contemporaines nous permet de supputer que, d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. A ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Alors commencera une nouvelle histoire, au-delà de l’humain.”

C’est brutalement exposé le projet de société ultime de l’oligarchie américaine.

Dans la même interview, il précise par ailleurs la continuité de sa thèse sur “la fin de l’histoire” avec son projet orwellien de societé : “Quand j’ai publié “La fin de l’histoire”, en 1992, j’ai été submergé de critiques, mais je ne parlais pas de la même histoire que mes censeurs. Je voulais dire qu’avec l’écroulement du bloc de l’Est, de nombreuses questions fondamentales sur le plan de l’idéologie et des institutions qui avaient sous-tendu l’histoire pendant des décennies ont été plus ou moins réglées, du moins dans les pays développés. Aujourd’hui, les vrais problèmes se situent au niveau des structures sociales, religieuses, et de la culture.”

L’homme sera alors devenu un “chien heureux” constate FUKUJAMA : «Un chien est heureux de dormir au soleil toute la journée, pourvu qu’il soit nourri, parce qu’il n’est pas insatisfait de ce qu’il est. Il ne se soucie pas que d’autres chiens fassent mieux que lui, ou que sa carrière de chien soit restée stagnante. Si l’homme atteint une société dans laquelle il aura réussi à abolir l’injustice, sa vie finira par ressembler à celle du chien». FUKUJAMA reste muet sur ceux qui seront les maîtres de ces chiens heureux, qui les tiendront en laisse …

 

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